Allocution du Président Ali Bongo Ondimba á Londres

Publié le par pdgchine.over-blog.org

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 Le Président de la République Ali Bongo Ondimba lors de sa visite à Londres (Angleterre) a fait dans son discours une présentation précise du Gabon et de ses opportunités, tout en appelant les partenaires économiques étrangers à œuvrer dans le sens de l'industrialisation de l'économie gabonaise pour une transformation locale des ressources naturelles (Discours intégral).

Mesdames et Messieurs,

L'Afrique a toujours été considérée comme une manne de ressources naturelles bon marché ; de nos enfants, vendus dans les heures sombres de l’esclavage, à notre bois, notre pétrole et nos minéraux, pierres angulaires de l’économie mondiale, en passant par les services environnementaux qu’assure aujourd’hui notre continent : le monde développé nous prend pour acquis.

La Banque Mondiale estime que le secteur agricole en Afrique, tourisme compris, a permis aux investisseurs étrangers de dégager un chiffre d’affaires de quelque 1,8 billion de dollars. Imaginez l’économie africaine actuelle plus riche de 2 billions de dollars… Le continent serait effectivement méconnaissable !

Ceci dit, je ne cautionne pas la culture du reproche dont certains se servent pour justifier les performances de l’Afrique. Je suis convaincu que l’Afrique représente la nouvelle frontière, qu’une nouvelle génération de jeunes dirigeants éclairés est en train d’émerger, que nos démocraties progressent et grandissent, et que nous sommes même en position, malgré nos difficultés, de donner quelques leçons amicales au reste du monde.

L’Afrique est aujourd’hui un continent dynamique à de nombreux égards. Bon nombre d’entreprises et de gouvernements nous envient nos résultats et nos prévisions de croissance économique. On parle souvent de la croissance effrénée de l’économie des pays BRICS, mais l’Afrique les dépasse dans de nombreux domaines, tout en attirant l’attention de leurs meilleures entreprises.

Nos capacités se distinguent dans des domaines qui vous surprendront peut-être. Par exemple, en moyenne, entre 2000 et 2007, les sociétés africaines cotées en bourse ont généré des revenus sur le capital supérieurs à ceux de leurs homologues chinoises ou indiennes.

Nos classes moyennes sont en plein essor, et avec elles, leur revenu disponible. D’ici 2020, l’institut McKinsey prévoit que 52 % des foyers africains disposeront d’un revenu excédentaire (contre 35 % en 2000). Très bientôt, l’Afrique comptera plus de foyers appartenant aux classes moyennes que l’Inde. L’urbanisation est également une réalité : 40 % de la population vit désormais en ville (chiffre comparable à celui de la Chine) et nous comptons aujourd’hui 52 villes de plus d’un million d’habitants (chiffre identique à l’Europe). D’ici 2040, nous disposerons de la population active la plus importante au monde (1,2 milliards de personnes), ainsi que l’un des marchés les plus vastes en termes de biens de consommation. Ces statistiques présentent des opportunités évidentes pour l’industrie, notamment pour les entreprises de production et du secteur des services.

Au cours des derniers mois, nous avons assisté à un incroyable soulèvement au Maghreb et dans d’autres régions du monde arabe.

Les révolutions en Égypte, en Tunisie et en Libye nous rappellent sévèrement que les citoyens souhaitent prendre leur destin en main dès lors qu’ils s’estiment déçus de leurs dirigeants. La jeunesse contemporaine a appris à en attendre plus de ses dirigeants et, de fait, de nombreuses nations sub-sahariennes, dont le Gabon, ont connu une transition analogue dans les années 1990.

Les téléphones portables et l’Internet connectent un segment entier de la société, donnant une voix commune à ces citoyens auparavant muets. Dans son discours sur l’état de la nation en début d’année, le Président Jacob Zuma a évoqué cette situation en faisant référence à l’omniprésence de Facebook et Twitter.

Un facteur décisif ne peut pourtant expliquer à lui seul les événements récents au Maghreb et leur propagation dans le monde arabe. Ils résultent d’un mécontentement accumulé depuis de nombreuses années, mais aussi d’une certaine frustration, notamment chez les jeunes.
Nos peuples attendent de nous, leurs dirigeants, que nous gouvernions avec un projet d’avenir. Ils attendent également de nous que nous les écoutions. Aujourd’hui, la démocratie va au-delà des élections : elle se doit de construire des institutions fortes et une société pluraliste qui ne se contente pas d’autoriser l’expression des aspirations individuelles, mais surtout, qui l’encourage.

L’autorité et la légitimité de tout État dépend d’un contrat social entre le gouvernement et son peuple ; un contrat qui considère la population comme des citoyens et non des sujets, comme des acteurs et non des spectateurs. Le contrat social que mon gouvernement a conclu avec le peuple gabonais est incarné par notre programme national de développement, le « Gabon émergent ».

Nous avons pour objectif d’atteindre le statut de pays émergent d’ici 2020 : il s’agit d’un projet ambitieux, mais nous sommes également réalistes quant à nos limites en tant que gouvernement. Seule la participation active de la société civile et du secteur privé nous permettra de concrétiser notre projet d’avenir pour le Gabon. Mon gouvernement jouera pleinement son rôle, mais notre contribution sera dérisoire sans l’implication pleine et entière du secteur privé.

Le Gabon émergent, notre stratégie nationale de développement, donne la priorité à la protection de notre environnement naturel, tout en développant une industrie et un secteur des services compétitifs. La croissance de ces secteurs dynamisera notre développement national et fera du Gabon émergent une réalité. Permettez-moi de vous donner une idée brève de la façon dont nous mettons en place ce projet.

L’an passé, nous avons instauré une législation visant à interdire l’exportation de bois brut. Notre objectif était de mettre un terme à l’approche qui consiste à considérer l’Afrique comme un pourvoyeur de ressources naturelles bon marché, mais surtout, de développer les opportunités pour les investisseurs avisés, et non de les limiter. Via des partenariats, nous avons créé des zones économiques spéciales, avec des avantages concrets pour les entreprises, notamment des exonérations fiscales sur les bénéfices pendant 10 ans et des exonérations totales de TVA et de droits à l’importation sur le matériel pour les nouvelles entreprises.

Ces zones ne représenteraient rien si, en parallèle, nous n’avions développé une main d’œuvre qualifiée et créé des infrastructures, notamment des structures d’approvisionnement énergétique, des ports et des voies ferrées, afin de permettre à l’industrie de mener des activités efficaces et d’exporter des produits finis ou semi-finis.

De même, nos projets de croissance économique seraient vains s’ils se réalisaient au détriment de nos ressources naturelles. Comme vous le savez, le Gabon est couvert à près de 80 % de forêts équatoriales, qui abritent une biodiversité incroyable et constituent le deuxième puits de carbone naturel au monde après l’Amazonie. Plus de 15 % de nos forêts sont protégées, et 45 % sont gérées de façon durable pour l’exploitation forestière. Dans notre intérêt, pas uniquement celui du peuple gabonais, mais celui de l’humanité entière, nous ne pouvons nous permettre de nous engager dans une voie de développement qui mettrait en péril cet atout précieux. C’est pour cela que j’ai placé l’environnement au cœur de notre projet de société, pour faire du Gabon vert, comme nous l’appelons tous, l’un des piliers du Gabon émergent.

Le respect de l’environnement est une préoccupation majeure de mon gouvernement en cas de propositions industrielles. Nous refusons de compromettre la biodiversité unique de notre pays pour des profits à court terme, et dans cette optique, nous attendons de nos partenaires qu’ils respectent les normes environnementales internationales les plus strictes lorsqu’ils travaillent au Gabon.

Le peuple et l’environnement sont au cœur de notre réflexion. Les récents événements au Maghreb nous prouvent que les nations ne peuvent exister qu’avec l’approbation de leur peuple. Tout comme une croissance économique durable ne peut exister au détriment de l’environnement.

Les débats sur le changement climatique mettent en évidence le coût colossal des mesures nécessaires pour combattre le réchauffement planétaire. Je regrette que les dirigeants du monde entier soient incapables de s’entendre sur les mécanismes de financement de ce combat.

Protéger notre environnement naturel tout en créant des opportunités économiques pour nos citoyens : voici le défi auquel mon gouvernement et le peuple du Gabon, dépositaires du deuxième poumon vert de la Terre, doivent faire face au quotidien.

Protéger notre environnement naturel sans limiter les opportunités économiques de notre peuple : voici notre défi, un défi pour le XXIe siècle, un défi qui implique de nouveaux modèles commerciaux, des modèles que nous estimons tous nécessaires, mais que peu d’entre nous ont réellement adoptés.

Le Gabon se trouve désormais dans une position inédite. Nous possédons des ressources minérales, pétrolières et gazières considérables, tout en bénéficiant d’un environnement naturel relativement préservé. En 2010, notre croissance économique se montait à 6 %. Nous jouissons d’experts d’envergure internationale en première ligne des débats sur l’environnement, et nous possédons la volonté politique de trouver des solutions et de mettre en œuvre les réformes nécessaires à leur concrétisation.

Mes compatriotes m’ont élu suite à ma promesse de trouver des solutions et de construire un Gabon émergent.

Le Gabon a le potentiel d’essayer de réelles innovations et de redéfinir la façon dont les gouvernements et le secteur privé collaborent pour parvenir à une croissance durable. Nous souhaitons innover. Avec la technologie et le savoir-faire d’entreprises comme celles présentes ici aujourd’hui, nous savons que nous pouvons viser haut. Nous sommes ouverts à de nouvelles formes de partenariat économique au Gabon. Je souhaite vous inviter à prendre part à cette aventure, à repenser les formes traditionnelles de partenariat et à considérer le Gabon comme un pays propice à la conception d'idées novatrices et à la création de nouvelles opportunités.

Je vous invite à devenir notre partenaire pour baliser l’avenir, non seulement pour le Gabon, mais aussi pour l’Afrique et le monde.

Pour conclure, et si vous me permettez d’ajouter ma modeste contribution au débat de cet après-midi : en 2010, le Gabon a conclu des accords avec le secteur privé qui ont généré plus de 4 milliards de dollars en investissements. Je m’attends à ce que nous dépassions ce chiffre en 2011. Bien que nous ayons la ferme intention de continuer à favoriser la coopération Nord/Sud, en réalité, nous observons une augmentation constante des partenariats Sud/Sud et interafricains. Notre ambition n’est pas d’éclipser l’Inde, comme le titre du débat de cet après-midi le laissait présager. Mais, à moins que le Nord ne change sa vision de l’Afrique, je ne serais pas surpris de voir l’Afrique et l’Inde éclipser ensemble l’Europe d’ici 2050 !

Mesdames et Messieurs, je vous remercie.

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