Les indépendances africaines 50 ans après, quel constat ?

Publié le par pdgchine.over-blog.org

 

 

 

zico    Il y a un demi-siècledecela plusieurs pays africains, avec à leur tête des leaders nationalistespour ne citer que : Jomo Kenyatta (Kenya), Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Félix Houphouet Boigny (Côte d’Ivoire), Kwame Nkrumah (Côte-de-L’or, Ghana actuel), Ruben Um Nyobe (Cameroun) et Patrice Émery Lumumba (RDC), menaientla lutte pour les indépendances. Ainsi à partir de 1960, l’horizon semble s’ouvrir pour plusieurs anciennes colonies désormais devenues des États indépendants. Le Cameroun donne le ton dès le 1er janvier 1960 et 16 autres pays vont suivre dont le Gabon le 17 août de 1960. Aujourd’hui, 50 années après, que pouvons- nous retenir de ces indépendances africaines et comment les Africains mais surtout comment nous les intellectuels perçoivent ce nouveau statut ? La situation actuelle des États africains reflète-elle celle de pays indépendants ?

 

     L’indépendance pour ce qu’on avait laissé croire, devrait refléter de nouveaux États ou l’autodétermination constituait le principe fondamental de la souveraineté affirmée dans la Charte des Nations-unies, signée en 1945, qui inclut, parmi « les buts des Nations-Unies », celui de « développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes » (article 1, alinéa 2). Ainsi, dans l’esprit de plusieurs Africains qui scandaient le « Vive les indépendances » à cette époque de l’Afrique nouvellement libérée du joug de la colonisation, c’était une expression de la fierté nationale, un moment fort pour exprimer son appartenance à un peuple, tous fiers d’avoir une nationalité propre faisant le lien avec son territoire et non avec l’ancien colonisateur.

      L’année 2011, qui marque la 51e année d’indépendance, représente à n’en point douter un moment bien choisi pour jeter un regard sur ce à quoi ont bien pu servir ces indépendances africaines.

      Plusieurs africains n’ont cessé de fustiger, de faire des critiques acerbes contre ces séries d’indépendances de 1960. M. Abozan, un interlocuteur africain, souligne que « les pays africains n’ont eu en réalité qu’une indépendance politique, et même ça. Les blancs ont créé des systèmes pour nous contrôler ». Un autre, M. Gnandja Patrice, renchérit en ces termes : « on a eu l’impression que 1960 consacrait l’indépendance de l’Afrique. Mais je pense que l’indépendance est venue comme si nous n’étions pas préparés. Les devanciers n’ont pas tenu compte des aspirations, de la culture du peuple africain. Nous avons copié ce qui venait de la France. Alors qu’il fallait inculquer aux Africains le goût de l’effort et intégrer les richesses de l’Afrique dans notre développement ».

 

ANALYSE PAR APPROCHE COMPAREE CAPITALISME, SOCIALISME.


      Le capitalisme est un système économique qui donne à l'initiative individuelle les moyens de production. Le socialisme condamne quant à lui ce système pour les injustices sociales qu'il génère (en tout cas à l'origine). Pour faire simple je vais présenter les inconvénients et les avantages des deux systèmes dans leurs extrêmes (capitalisme pur dans un environnement libéral et socialisme des origines).

      L'avantage principal du capitalisme est son efficacité économique. Les biens et services se génèrent en fonction des lois (très puissantes) du marché. Par exemple, si une population a besoin de pain, la montée des prix pousse certaines personnes à vouloir en profiter, et à fabriquer du pain (pain qui, désormais en plus grande quantité sur le marché, voit son prix augmenté). L'efficacité se crée également par le fait de la responsabilité individuelle. Les producteurs dépendent d'eux et d'eux seuls pour gagner leur vie, ce qui les pousse à être plus efficaces. L'inconvénient de ce système est qu'il ne garantit pas la répartition équitable des richesses produites. Une vieille théorie libérale, s'appuyant sur des constats socio-économiques effectués au XIXème siècle, affirmait qu'au contraire, le système conduisait à terme à l’égalité parfaite. Mais force est de constater que ce n’est pas le cas.


       Le socialisme (au sens de communisme aujourd'hui) a pour avantage de tendre vers l'égalité (ou à défaut vers l'équité). Il considère que la création de richesse d'un Etat doit être redistribuée de façon égale ou quasi-égale entre chaque citoyen. Son inconvénient majeur est son inefficacité économique. Dans une économie planifiée, la production de biens et de services est décidée par l'Etat. Si je reprends l'exemple de tout à l'heure, pour que notre population ait son pain, il faut que l'Etat se mette en branle, en anticipant les besoins, en créant ou en adaptant ses moyens de production, en produisant en quantité nécessaire... et ce, pour tous les produits. De ce côté-là, l'Etat est beaucoup moins efficace que les lois des marchés, concrètement cela conduit à des combinaisons de pénuries et de surproductions.

     Mais tout ce que je viens d'écrire appartient désormais à l'Histoire. La grande majorité des pays vivent désormais dans un environnement économique mixte aujourd'hui : dans un système capitaliste dans lequel l'Etat intervient (à différent degrés selon les pays) pour "atténuer" les problèmes sociaux ainsi que ce qu'on appelle les "externalités négatives" du marché (c'est-à-dire les problèmes écologiques ou les dégradations des conditions de vie due à la production...etc.). En ce qui concerne ces externalités, les solutions généralement employés sont des "taxes pigoviennes" (des taxes qui "internalisent" les externalités afin d'appliquer les forces du marché sur ces problèmes). Le socialisme français d'aujourd'hui ne renie plus le système capitaliste mais désire intervenir davantage pour réguler le marché afin qu'il soit le plus juste possible. La droite française d'aujourd'hui ne renie quant-à-elle plus le fait que réguler le marché soit indispensable dans certains domaines, mais elle désire que l'Etat intervienne le moins possible pour garder une efficacité économique.


      Tout est question d'équilibre : faut-il un Etat plus social ou plus libéral ? Personne ne détient la vérité même si presque tout le monde à une opinion (moi y compris). Il faut choisir : efficacité économique ou équité ?

      De manière symptomatique, voici 50 années passées et l’impression que les indépendances n’ont été qu’une utopie, un leurre, est bien évidente. Que peut représenter la 51e année d’indépendance pour les gabonais ?

      L’Afrique en générale et le Gabon en particularité semble avoir hérité non d’une liberté, mais d’une somme de nouvelles situations qui, de nos jours, constituent une entrave majeure à son développement politique, économique et social. « Le soleil des indépendances », pour emprunter les termes d’Ahmadou Kourouma, qui pour tous, devait briller sur les nouveaux États et dans la vie des populations en particulier, semble mettre du temps à se lever. Cela inextinso m’amène à me poser la question suivante :


Qu’est-ce qui expliquerait cette léthargie de ces pays africains pourtant indépendants depuis un demi-siècle ?


       L’avènement du multipartisme dans plusieurs États, le Gabon en 1990 est un constat fort patent et cela est une avancée considérable dans le processus démocratique. Cependant, le constat est que ce multipartisme, tel que présenté dans certains de ces pays africains et le Gabon en particulier, n’est pas un multipartisme enraciné dans la démocratie. En effet, suivez mon regard, on retrouve des partis politiques à fond ethnique ou souvent basé sur la provenance d’une même région. Cela vient donc fausser le jeu démocratique qui conduit aux constructions erratiques.

       L’une des conséquences de cette situation demeurera la fragilité des institutions étatiques incapables d’assurer l’autorité (composition des Cabinets ministériels et de ceux des institutions). La suite logique de cette situation expliquerait les multiples instabilités politiques et le manque de vision dans la conduite des affaires de l’Etat car, c’est parfois grâce à leur bataclan qu’ils ont pu atterrir au Gouvernement.

       L’Afrique des Grands Lacs paie les lourdes conséquences de ses nombreuses guerres civiles. Même son de cloche pour les pays de l’Afrique de l’Ouest, le cas en Côte d’Ivoire en est une belle illustration. À cela s’ajoute une autre conséquence, et non des moindres, que constitue la mauvaise balkanisation de l’Afrique, cause de nombreux conflits frontaliers pour ne citer que ceux entre le Tchad et la Lybie, l’Éthiopie et la Somalie, le Nigeria et le Cameroun, le Gabon et la Guinée Equatoriale ont un différend frontalier sur la souveraineté de l'île Mbanié ainsi que Cocotier et Conga réputés riches en poisson et en pétrole empoisonne épisodiquement les relations entre les deux Etats. Des conflits qui, par moment, ressurgissent encore aujourd’hui.

       On pourrait aussi analyser la situation de la dette extérieure comme un autre obstacle majeur qui ralentit le développement depuis ces 50 dernières années. En effet, plusieurs des États nouvellement indépendants, ont reçus des prêts des États-Unis, de la France, de l’Union Soviétique, des différents clubs financiers, de la chine… pour assurer l’éducation de la population et amorcer un réel processus de modernisation. Ces prêts très élevés, accompagnés parfois de multiples avantages, étaient censés accroître le développement, favoriser les investissements et donc amorcer une croissance. Des prêts censés nourrir, éduquer et moderniser, mais il n’en est rien été. Cette dette extérieure a atteint des niveaux insoutenables au point que le remboursement est devenu pour tous ces pays de l’Afrique subsaharienne presque impossible. L’économie africaine a désormais du mal à se détacher de ce processus d’endettement dans lequel elle se trouve enlisée. Cela justifierait à coup sûr la dépendance au plan international de plusieurs États du Sud vis-à-vis de leurs bailleurs de fonds du Nord, qui semblent maintenir cette épée de Damoclès toujours prête à s’abattre sur la tête de l’État qui se détacherait du rang. En effet, 90 % du tissu économique des pays africains est aujourd’hui contrôlé par des entreprises étrangères. À quand l’indépendance économique pour l’Afrique ? Le Gabon qui par cécité volontaire momentané veut jouer à ce jeu au profit de la Chine reçoit très vite les foudres du colonisateur français (Bélinga par exemple).

 

      En sus de ce que représente la dette extérieure sur l’économie, on ne peut passer sous silence la gestion chaotique des ressources financières au sommet de plusieurs de ces États. En effet, les énormes capitaux empruntés à l’Occident ont non seulement augmenté la dette, mais aussi, et surtout, ont été dilapidés. Aucune gestion parcimonieuse de ces fonds n’a été faite. Les problèmes sociaux comme l’éducation, l’habitat, la santé et la stabilité politique ont été ignorés et perdurent. Il y a eu certes des écoles, quelques cités, des universités (au Gabon deux à savoir : (l’Université Omar Bongo et l’Université des Sciences et Techniques de Massuku) celle des Sciences de la santé étant une Faculté décrétée en Université) et des hôpitaux construits depuis lors, mais la qualité et le nombre par rapport à l’évolution démographique ne sont pas au rendez-vous. Les États sont restés sur les infrastructures acquises des missionnaires en matière de santé et d’éducation (Agence Nationale des Bourses et Stages). La gabegie totale au sommet des États (les ministres, les supers Directeurs Généraux des sociétés publiques/parapubliques/privées/directions ministérielles, les officiers et officiers supérieurs des corps habillés qui gèrent  s’illustrent dans la gestion des biens publics, ainsi que la corruption qui prend une proportion très inquiétante, gangrènent l’économie africaine.

       Le colonisateur n’est donc pas le seul responsable de la léthargie des pays Africains. La vision des dirigeants reste importante dans le processus de développement de ces pays. A travers ce prisme, l’émergence au Gabon n’aura d’impact et de résultats que par le biais des décisions et des actions qui en sont les pendants opérationnels compte tenu de son caractère multidimensionnel.


     Qu’y a-t-il de plus beau qu’écrire l’histoire ? Qu’y’a-t-il de plus grand que connaître  la mémoire ? Qu’y a-t-il de plus puissant qu’être le gardien de l’éternel ? Parce qu’ils sont la lumière, ils nous éclairent de l’ombre à la lumière. Mais hélas…

 


 Impact de la vision sur la performance, Adaptée de Allali (2004)


Figure: Impact de la vision sur la performance, Adaptée de Allali (2004)

 

    En définitive, que peut-on retenir de ces indépendances que tous applaudissaient en 1960 ? En dehors du Sénégal, du Bénin ou même du Mali qui pourraient plus ou moins être vus comme des modèles, seulement au niveau de l’alternance politique, aujourd’hui l’exemple du Gabon, la majeure partie de ces États sombre toujours dans des situations politiques, économiques et sociales désastreuses. Il est clair qu’on ne saurait ignorer les efforts qui sont fournis. Mais que représenteraient ces efforts et acquis devant les énormes besoins actuels des populations? Beaucoup reste à faire sinon tout,  le Gabon qui aujourd’hui veut s’inscrire dans le processus de l’émergence doit imprimer sa réflexion sur la marche du temps afin de ne pas manquer sa place au rendez-vous de la mondialisation.

     De ce fait, il faut s’inscrire dans la culture organisationnelle, je parlerai surtout de vision partagée véhiculant un ensemble de valeurs et aboutissant à un comportement collectif. La culture ici est en lien avec la vision en amont et en aval. DAmbroise et Bouchard (1990) expliquent que « la vision est évolutive : elle émane du leader au sommet, se transforme en des valeurs communes et aboutit à une philosophie organisationnelle  avec les collaborateurs et les exécutants dans un ensemble harmonique».

     La culture intervient à, au moins, trois niveaux du processus visionnaire. Les valeurs du milieu c’est important de le savoir, influencent la manière de penser du leader qui développe la vision. La vision, une fois créée, doit être communiquée et partagée. Elle intègre des valeurs organisationnelles et conditionne le développement des visions ultérieures. Pour obtenir quelque chose que vous n’avez jamais eu, vous devez accomplir quelque chose que vous n’avez jamais fait .Tel est le principe qui a guidé le développement des grands pays.

     La vision joue un rôle important dans la culture organisationnelle. Lipton (1996) cité par Bahija (2001) explique que la vision motive les individus et facilite le recrutement de personnes talentueuses. DAmbroise et Bouchard (1990) pensent qu’elle influence la structure organisationnelle et permet de créer et de renforcer une nouvelle culture d’entreprise, mieux adaptée aux conditions environnementale actuelles.

    Quel sens ou orientation donner aujourd’hui à toutes ces célébrations du cinquantenaire des indépendances africaines ? Revivre les moments festifs et nostalgiques de la période « Vive les indépendances » de 1960 ou témoigner devant le monde entier le désir des nouveaux dirigeants africains de s’approprier le statut d’États véritablement indépendants et souverains soucieux du développement et du devenir de leur population et de l’Afrique en général.

 

Stéphano Zico ETOUGHE FAM’ELLA

Délégué Fédéral UJPDG/Chine

Doctorant en Techniques Economiques

Et de Management de l’Environnement. Tianjin University


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